"Le Barbier de Séville" - читать интересную книгу автора (Beaumarchais Pierre de Augustin Caron)Acte IVLe théâtre est obscur. Scène IBARTHOLO, DON BAZILE, une lanterne de papier à la train BARTHOLO. Comment, Bazile, vous ne le connaissez pas? Ce que vous dites est-il possible? BAZILE. Vous m'interrogeriez cent fois, que je vous ferais toujours la même réponse. S'il vous a remis la lettre de Rosine, c'est sans doute un des émissaires du comte. Mais, à la magnificence du présent qu'il m'a fait, il se pourrait que ce fût le comte lui-même. BARTHOLO. Quelle apparence? Mais, à propos de ce présent, eh! pourquoi l'avez-vous reçu? BAZILE. Vous aviez l'air d'accord; je n'y entendais rien; et, dans les cas difficiles à juger, une bourse d'or me paraît toujours un argument sans réplique. Et puis, comme dit le proverbe, ce qui est bon à prendre… BARTHOLO. J'entends, est bon… BAZILE… à garder. BARTHOLO, surpris. Ah! ah! BAZILE. Oui, j'ai arrangé comme cela plusieurs petits proverbes avec des variations. Mais allons au fait: à quoi vous arrêtez-vous? BARTHOLO. En ma place, Bazile, ne feriez-vous pas les derniers efforts pour la posséder? BAZILE. Ma foi non, docteur. En toute espèce de biens, posséder est peu de chose; c'est jouir, qui rend heureux; mon avis est qu'épouser une femme dont on n'est point aimé, c'est s'exposer… BARTHOLO. Vous craindriez les accidents? BAZILE. Hé, hé, Monsieur… on en voit beaucoup cette année. Je ne ferais point violence à son coeur. BARTHOLO. Votre valet, Bazile. il vaut mieux qu'elle pleure de m'avoir, que moi je meure de ne l'avoir pas. BAZILE. il y va de la vie? Épousez, docteur, épousez. BARTHOLO. Ainsi ferai-je, et cette nuit même. BAZILE. Adieu donc… Souvenez-vous, en parlant à la pupille, de les rendre tous plus noirs que l'enfer. BARTHOLO. Vous avez raison. BAZILE. La calomnie, docteur, la calomnie! il faut toujours en venir là. BARTHOLO. Voici la lettre de Rosine, que cet Alonzo m'a remise; et il m'a montré, sans le vouloir, l'usage que j'en dois faire auprès d'elle. BAZILE. Adieu: nous serons tous ici à quatre heures. BARTHOLO. Pourquoi pas plus tôt? BAZILE. impossible; le notaire est retenu. BARTHOLO. Pour un mariage? BAZILE. Oui, chez le barbier Figaro; c'est sa nièce qu'il marie. BARTHOLO. Sa nièce? il n'en a pas. BAZILE. Voilà ce qu'ils ont dit au notaire. BARTHOLO. Ce drôle est du complot, que diable!… BAZILE. Est-ce que vous penseriez…? BARTHOLO. Ma foi, ces gens-là sont si alertes! Tenez, mon ami, je ne suis pas tranquille. Retournez chez le notaire. Qu'il vienne ici sur-le-champ avec vous. BAZILE. Il pleut, il fait un temps du diable; mais rien ne m'arrête pour vous servir. Que faites-vous donc? BARTHOLO. Je vous reconduis: n'ont-ils pas fait estropier tout mon monde par ce Figaro! Je suis seul ici. BAZILE. J'ai ma lanterne. BARTHOLO. Tenez, Bazile, voilà mon passe-partout. Je vous attends, je veille; et vienne qui voudra, hors le notaire et vous, personne n'entrera de la nuit. BAZILE. Avec ces précautions, vous êtes sûr de votre fait. |
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